Le Salon de Coiffure Gilbert

148 rue Saint-Jean-Baptiste
 Baie-Saint-Paul

(Autrefois, le numéro civique était 120)


-Veux-tu "faire l’école" ou devenir coiffeuse ? Voilà la question que pose la maman à sa fille aînée de quinze ans. 
-Être une maîtresse d’école… non... les enfants n’écoutent pas assez. La coiffure, oui.

Rita doit savoir sur quoi elle appuie son choix car presqu’à chaque année s’ajoute un enfant de plus à la  famille. La mère, attentive, a un sens d’analyse objectif et confiant étant, d’une part, fière de sa belle grande fille éduquée avec droiture et, d’autre part, décelant en elle les qualités requises pour travailler auprès de la gent féminine.

Voilà une profession de classe qui ajoutera, par le fait même, un surplus au revenu familial. Le papa, commis de magasin, assume seul un salaire pour le bien-être de la famille d’autant plus qu’il y a l’annonce de la venue d’un dixième enfant.

La tante Alice  a tenu à date un salon de coiffure dans cette même maison.Elle annonce son mariage qui se fera en même temps que celui de son frère Lorenzo .Un beau mariage double pour le 2 janvier 1936 .
Tante Alice Tremblay-Thibeault

L’opportunité est un facteur important car en ces années, dans ce village, c’est la réputation acquise qui sert de publicité d’une dame à l’autre, d’une amie à l’autre. L’annonce se fait ainsi selon la satisfaction d’être bien coiffée même avec son chapeau à l’église le dimanche, là où la parade est évidente.

Donc, Rita a droit avec sa mère à un voyage à Québec en train, rien de moins. Le grand-père Athanase sera du voyage. Il offre de payer le billet requis et les frais pour le cours au réputé salon
ULRIC  BEDARD (aujourd'hui Star Bédardde Québec. Le lien est déjà fait puisque c’est cette maison qui vend les produits livrés dans les campagnes par un commis voyageur qui, d’une livraison à l’autre, prend les commandes et sert d'agent de liaison de la ville à la campagne.

Il n’est pas long qu’une bonne clientèle s’établit. Le prix pour une permanente avec "pads" chimiques coûte $ 1.25, le lavage de tête 25 sous , une coupe de cheveux 25 sous. Le tout marche rondement. Il est possible, dans une journée, de donner jusqu’à 14 permanentes. Il y a même des journées organisées en campagne à Saint-Urbain pour coiffer, sur place, les clientes qui avaient au préalable donné leurs noms. Si bien qu'en peu de temps, l’étage de la maison subit avec effervescence des transformations pour organiser les tâches et moderniser l’espace. Une enseigne avec lumière intégrée est installée bien en vue en haut de la galerie, très visible du pont P.N.Gariépy.


Première enseigne - Les années 1930



Enseigne lumineuse - Salon de Coiffure Gilbert 

1940 à 1970 

Le salon opéra avec une bonne clientèle de base jusqu’au mariage de l’aînée. Alors, Régina, maman de douze filles et un garçon  prend la relève aidée de Pierrette, une des plus jeunes, en mesure de prendre sur place une  bonne formation par une mère objective.

La maman, madame Régina Tremblay épouse de monsieur Antonio Gilbert.
 En haut à partir de la  gauche: madame Régina Tremblay, Pierrette Gilbert, l'aînée Rita Gilbert
Deuxième rangée à partir de la gauche: Henriette Gilbert, Andrée Gilbert , Louise Gilbert
En bas à partir de la gauche: Micheline Gilbert , Donate Gilbert

À ma manière, je me souviens d’avoir, en ces années, apporté ma petite contribution.
Comment ?  
Maman faisait, sans que je m’en rende compte, mon éducation sociale. C’est samedi matin. 
J’ai mis une robe de dimanche. Dans le salon de coiffure, il y a une senteur piquante… dont je sais le mot 
« pad-chimique ». Ces pads sont chauffés sur la machine électrique et dégagent cette senteur que je n’aime pas. Mais je suis si fière d’être là que je n’en souffle mot. 
Du haut de mes dix ans, je me sens importante, debout près de maman, tenant la boîte dans laquelle elle dépose les articles qui soulagent la pesanteur sur la tête de la dame ! Pierrette devient vite compétente et appréciée. Ce qui permit la continuité du Salon de Coiffure Gilbert avec les conseils et l’aide de Rita, au décès de cette mère exemplaire.

L’instauration du Comité Paritaire survient. Ce qui apporte bien des normes , exemples : l’exigence d’une coiffeuse d’expérience pour guider les débutantes;  des jours ouvrables : fermeture le lundi, règlements  qui n’étaient pas toujours suivi par les salons compétiteurs.

Il y eut aussi un grand virement dans les us et coutumes de l’époque . Alors que dans les années précédentes rarement les hommes mettaient les pieds dans un salon de coiffure, quelques jeunes hommes venaient se faire laver la tête et se faire poser des pinces à vagues… pour obtenir une chevelure spéciale ! Voilà que ce sont les hommes qui ouvrent des salons de coiffure devenant coiffeurs pour dames.  

Pince à vagues

C’est ainsi que ces innovateurs  stylistes d’avant-garde feront place aux sympathiques salons de coiffure que nous avons connus au siècle dernier.  

Henriette Gilbert Cloutier.
Avril  2004

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