La Halle
                                                                                                                                                 
Historique

Il faut être très âgé, de plus de soixante ans, pour avoir eu connaissance des activités de La Halle sur la rue Saint-Jean-Baptiste à Baie-Saint-Paul et de son unique propriétaire, Charles Simard.

Celui-ci avait, pourtant, bien mal débuté dans la vie. Né au Moulin de la Rémi en 1875, son père fut retrouvé mort le jour même du baptême de Charles, près du cheval qu'il dételait au retour de l'église. Charles est élevé avec son unique soeur par Joseph Simard, un beau-père adoptif, dont il marie la plus jeune soeur et avec qui il n'aura que des filles. Charles et Joseph n'ont aucun attrait particulier pour la culture de la terre et ne peuvent, d'ailleurs, compter sur une quelconque relève. On décide donc de s'établir au village avec la famille et d'y faire commerce de la viande.

En 1906, on achète la propriété de Pamphile Allard, aujourd'hui La Muse, propriété dotée, à cette époque, d'un immense terrain qui rejoignait Le Bras du Nord Ouest, au delà de l'actuel marché d'alimentation Maxi. Un affluent de la rivière, connu plus tard sous le nom de "Petit Bras de La Halle", aujourd'hui disparu, coulait tout le long de la propriété.

Le beau-père n'a aucun goût particulier pour le travail manuel et c'est donc à son beau-fils adoptif et beau-frère que sera confiée l'exploitation du commerce. On fait donc construire un édifice rectangulaire de deux étages, en briques fabriquées à Baie-Saint-Paul, devenu l'édifice annexé à l'auberge La Muse, sur la rue Saint-Jean-Baptiste. Pendant 50 années, cet édifice sera connu sous le nom de La Halle. Ce nom s'inspire de celui d'établissements de commerce de viandes existant à Québec lorsque Charles Simard a suivi des cours d'abattage d'animaux et de coupe de viande. En même temps, on érige plusieurs bâtiments derrière la maison, dont ceux de l'abattoir et de la chambre froide. Dans un autre bâtiment, on y trouve un âtre où trône un immense chaudron noir que Joséphine, la femme de Charles, utilisera pour fabriquer, plus tard, du savon, avec les pièces de viande impropres à la consommation.

L'entreprise est quand même risquée car il faut se rappeler qu'à cette époque la population de Baie-Saint-Paul est presque "autosuffisante" en matière d'alimentation. Beaucoup de cultivateurs peuvent fournir de la viande et même, dans le village, on retrouve veaux, vaches, cochons et poules derrière un grand nombre de maisons. Le métier de boucher existe, également, sous forme artisanale. Les techniques d'abattage d'animaux, de coupe de viande et surtout de conservation de la viande demeurent, toutefois, problématiques.

Les débuts de l'entreprise sont prometteurs avec la construction prochaine du chemin de fer. Mais Charles Simard devra travailler durement durant les premières années. Avec la seule aide d'un cousin de La Marre, il fera l'abattage des bêtes, le débitage de la viande, la coupe et le "charroyage" de la glace pour les chambres froides, tout en tenant, à lui seul, le commerce. Il ne confiera jamais cette tâche à quiconque! Quand Joséphine vient à La Halle, c'est pour donner de la viande à ses pauvres. Les pauvres de cette époque ne viennent pas les mains vides: ils ont, souvent, dans leurs chaudières, des bleuets, des produits de leurs jardins, un lièvre ou une perdrix.

 

Avec la mise en service du chemin de fer et la réfrigération électrique, la tâche est moins ardue. Des quartiers de boeufs enveloppés dans le coton et des quartiers de jeunes porcs débarquent à toutes les semaines. Il ne reste plus qu'à les suspendre dans la chambre froide pour les débiter et les servir à la clientèle. À partir du milieu des années 40, l'abattoir sera peu utilisé.

Pendant les années 30, l'importance de l'élevage des renards est telle qu'il faut prévoir nourrir ces bêtes sur une grande échelle. C'est à La Halle que débutera le commerce de nourriture pour les renards: une grande chambre froide sera réservée pour la viande de boeuf et de cheval. En même temps, une troisième génération s'est ajoutée à la famille. Le gendre, John Lavoie, s'occupera particulièrement de la distribution de la viande pour les renards, avec le camion, en même temps qu'il s'occupera du parc d'élevage de renards de son beau-père, parc situé derrière la maison, à l'endroit où se trouve actuellement la rue Forget.

Devenu veuf en 1947, perclus de rhumatismes et sans aucune relève en vue, Charles de La Halle doit abandonner le métier avant la fin de la décennie. L'idée de la retraite ne lui sourit guère. La famille lui aménage une épicerie, histoire de lui faire passer le temps mais il éprouve peu d'intérêt pour ce genre de commerce. Après quelques mois, il se retire définitivement à la maison et il décède en 1954 après une courte maladie. Avec lui s'efface le souvenir de La Halle, l'histoire de sa vie.

Dans les années suivantes, les lieux sont occupés, successivement, par la Compagnie Tremblay Ltée., Mailloux et Frères Électrique, La Chaumière, et quelques autres commerces de moindre importance.

Finalement,  Alice Simard Lavoie, la fille de Charles Simard de La Halle cède la propriété à Robert Arsenault qui la transforme en un gîte touristique bien connu: La Muse.

Cette courte histoire de La Halle ne devrait pas nous faire oublier d'autres hommes de métier, le valeureux Ludger Simard (Thomas) et Roméo Tremblay (Athanase) qui ont sillonné les rues de Baie-Saint-Paul, au milieu du siècle dernier, avec leurs magnifiques et pittoresques petites voitures tirées par un cheval, pour exercer leur métier de boucher dans l'entrée de cour de nos ménagères à l'oeil averti.

 


Texte et photos: Gabriel Lavoie 

 

Cette recherche est un projet du Groupe d'Action des 50 ans et plus de Charlevoix ouest sous le thème "Les Aînés Porteurs de mémoire".

Coordonnatrice du projet: Madeleine Trotier Otis

Mise en page web: Rolande Perron

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