La boulangerie des années 1940

Rue Saint-Adolphe (rue du Moulin)

 

  

Quel beau métier être boulanger ! Pétrir la vie.

 

Homme passionné, travailleur acharné ce Gérard Gilbert !
Parler de cet homme, de ce père qui faisait de chaque fournée de pains une nourriture pétrie de ses mains, éveille en nos mémoires de nombreuses images: demi-pains, gros pains, pains de son, pains aux raisins, pains au lait, petits pains et brioches que les gens savouraient déjà dans l'attente de la livraison et Dieu sait s'ils savaient les goûter!
Cet homme possédait la passion et l'amour de son travail. Sa journée commençait à quatre heures du matin. Dans le temps, pour faire une fournée de pains, le matériel était imposant avec peu de personnel.

Entrons dans la boulangerie de mon père. 


L'intérieur de la boulangerie de Gérard Gilbert
Peinture de mon frère Serge Gilbert

Nous y voyons: le four à pains, la cambuse à eau chaude, le pétrin, l'engin, la huche,


La huche 

les pelles à pains, deux grandes tables, une armoire et plusieurs poches de farine de 100 livres.

Les ingrédients pour faire la pâte étaient mis dans le pétrin qui fonctionnait au moyen d'une courroie de 4 pouces de large rattachée à un engin fonctionnant à la gazoline. La pâte, déposée sur l'une des tables, était recouverte d'un drap pour "le repos", disait mon père. Les pincées dans la pâte, pincées faites par mon père, et le petit cri que celle-ci émettait, indiquait que c'était le temps de la couper, de la peser et de la pétrir. À ce moment, mon frère aîné Herman et moi-même participions à la tâche pendant les vacances.

La pâte était déposée dans les tôles à pains placées dans une armoire chauffée au moyen de cuves d'eau: ces conditions permettaient à la pâte de "lever" davantage.

Pour la cuisson du pain, pas de four électrique mais un four que mon père chauffait avec des croûtes et des "slabs" lesquelles devenaient braise; celle-ci était alors retiré avec une gratte en bois à long manche, refroidie au moyen d'une cuve d'eau. 
Le bras de mon père servait de thermomètre.

Il cuisait deux fournées de cent, cent vingt-cinq pains par jour. Lorsque cuits, on "détôlait" les pains pour qu'ils refroidissent debout dans l'armoire.

Le samedi soir, les pots de "beans" des voisins et de la parenté remplaçaient le pain.
Le dimanche étant le Jour du Seigneur, c'était son jour de repos.



Gérard Gilbert était le boulanger du village et des rangs. La "run" de pains se faisait, selon les saisons, avec le cheval attelé à la voiture à pains d'été ou d'hiver. 


Voiture d'été du boulanger Gérard Gilbert
Peinture de mon frère Serge Gilbert

Cordeaux en mains, le boulanger lui-même ou bien l'un de ses aides occasionnels livraient le pains à raison de trois fois la semaine dans le village et le Haut du village, les rues Sainte-Anne, Saint-Joseph et le Bas-de-la-Baie et une fois la semaine dans les rangs de l'Équerre, Pérou, Ruisseau-Michel, La Mare, le rang Saint-Laurent, le Cap-aux-Corbeaux sans oublier l'Ile-aux-Coudres, l'automne, pour la provision d'hiver. Pour satisfaire à cette exigence, le boulanger cuisait jour et nuit pendant une huitaine.


Voiture d'hiver du boulanger Gérard Gilbert

Les samedis et pendant les vacances, les deux fils aînés accompagnés de la jeune soeur se plaisaient à faire la livraison du pain. Quelle joie nous ressentions d'être accueillis dans les maisons, nous les jeunes! Nous nous sentions valorisés. Quelles délices que les "beurrées de crème" que les gens nous donnaient comme collation! "Venez manger, vous devez avoir faim, les enfants!" Le pain se payait par un "bon" que les personnes achetaient à la douzaine.



Ce boulanger, d'une grande simplicité, a fourni, pendant près de quinze ans, le pain aux familles. Cet homme au coeur d'or avait compris que le pain quotidien se devait d'être sur chacune des tables familiales. Cette conviction, il a dû en payer le prix, "coûte que coûte" semblait sa devise.

Nicole Gilbert

26 février 2004

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Quand le pain était sacré

Des moissons de légende  

Cette recherche est un projet du Groupe d'action des 50 ans et plus de Charlevoix ouest sous le thème

"Les Aînés Porteurs de mémoire".

Coordonnatrice du projet: Madeleine Trotier Otis

Mise en page web: Rolande Perron

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