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Louis-Philippe Thibeault, forgeron-artisan |
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Né à Baie-Saint-Paul (Cap Aux Corbeaux) en 1918, Louis-Philippe Thibeault a quitté les bancs d'école à l'âge de 11 ans sur les recommandations paternelles afin d'apprendre le métier de forgeron. Ayant décelé, chez lui, une très grande habileté manuelle, son père voulut donc qu'il apprenne le métier de forgeron et lui trouva un emploi chez monsieur Charles-Ernest Lavoie, le forgeron du village. Toutefois, comme il était passionné par l'histoire et qu'il aimait la lecture, il continua à développer son instruction en lisant l'encyclopédie. Louis-Philippe fit donc à pieds, jusqu'à l'âge de 15 ans, le trajet de Cap-Aux-Corbeaux à Baie-Saint-Paul, matin et soir, pour apprendre son métier. Par la suite, il travailla dans les chantiers à l'emploi de monsieur Arthur Leblanc, un "jobber" de l'époque. Il était très satisfait de son premier emploi. Il encaissa ses premières maigres payes et il travailla à cet endroit pendant deux hivers consécutifs. Ledit Charles-Ernest Lavoie, reconnaissant son talent, lui proposa alors de compléter sa formation. En effet, le frère de ce dernier ainsi que ses fils avaient développer un expertise particulière et diversifiée dans la manière de façonner le fer. C'est alors que Louis-Philippe, âgé de 17 ans, quitta Baie-Saint-Paul pour Saint-Jérôme au Lac Saint-Jean où il vivra trois ans dans une famille qu'il affectionnait particulièrement, disant se sentir chez lui. Après cette solide et bénéfique formation, il revint habiter Baie-Saint-Paul pour travailler de nouveau pour monsieur Arthur Leblanc, ferrant les chevaux, réparant les selles et les traîneaux et effectuant divers travaux de réparation et de rénovation. La vie était très difficile dans les chantiers d'antan et la journée de travail commençait tôt le matin et finissait tard le soir. Il se couchait fatigué et grelottait toute la nuit dans le dortoir mal chauffé pour, le lendemain matin dans la froideur hivernale, recommencer de nouveau et ainsi de suite sept jours sur sept. Rendu à l'âge de 22 ans, il changea d'orientation et travailla à la Compagnie d'aluminium d'Arvida jusqu'à l'âge de 27 ans. Ayant une trentaine de travailleurs sous sa responsabilité, son salaire était bien meilleur. C'est pendant cette période qu'il fréquenta la belle Jeanne Tremblay, fille de Georges à Théophile Tremblay des Éboulements, qu'il épousa à l'âge de 25 ans. Le couple vécut deux ans à Arvida résidant d'abord dans une simple chambre pour, par la suite, occuper leur premier logement. Étant docile et toujours obéissant à son père, il déménagea à Baie-Saint-Paul pour y bâtir sa première boutique. L'opportunité d'être son propre patron lui plaisait énormément. Il y construisit sa première boutique en bois. Elle était petite mais il en était très fier!
Il continua à ferrer les chevaux pour les chantiers tout en exerçant son métier de forgeron. Deux ans plus tard, il commença la construction de sa maison malgré des journées déjà bien trop remplies. En effet, tout en travaillant à sa boutique de forge, il construisit sa maison en hiver et lorsqu'il en eut terminé la construction, il s'y installa avec son épouse. Par la suite, il débuta la construction d'une nouvelle boutique de forge. La petite boutique de bois ne répondait plus au besoin du moment. C'est pourquoi il en construisit une nouvelle au même endroit mais cette fois-ci en blocs de ciment et beaucoup plus grande. Après de nombreuses fausses couches, Jeanne donna naissance à cinq fils sur une période de huit ans et quatre ans plus tard naîtra leur seule et unique fille, une enfant tant désirée qui fit la joie de toute la famille. Les garçons grandirent, partagés qu'ils étaient entre l'école et le travail à la boutique. Au début, ceux-ci s'amusaient mais, par la suite, chacun y travailla selon ses habiletés manuelles. Un nouveau plan d'urbanisme fut adopté à Baie-Saint-Paul en 1973: il fallait faire une nouvelle rue sur l'emplacement où se trouvait la boutique de forge et la maison. La maison fut déplacée et la boutique relocalisée sur la route 138. Donc, encore une fois, Louis-Philippe construisit une autre boutique de forge de forme ovale et cette fois-ci plus spacieuse et répondant au marché des années 1970. Ce forgeron a toujours été très inventif. Sa mère racontait que lorsqu' il était jeune, il utilisait le plat à vaisselle, à son insu. Il y déposait des clous qu'il faisait chauffer aux charbons de bois. Il les faisait fondre pour les modeler et fabriquer divers petits objets artisanaux tel que des épées, des chaînes, des limes à ongles, des petites croix et autres objets. À l'âge adulte, il fabriquait des machines à couper et à polir le fer, remontait des moteurs et ce, avec toujours le désir de créer quelque chose de nouveau et d'imaginer une chose que l'on donne comme réelle. Dans les années 50 et 60, les voitures motorisées remplacèrent graduellement les chevaux. C'est alors que le forgeron de l'époque s'adapta au changement. Il se tourna vers le fer ornemental, fabriquant des escaliers, des tables, des chaises, des croix de chemin, des accessoires de foyer et autres. Il était connu et reconnu dans Charlevoix comme maître forgeron avec son allure d'artiste portant le chapeau et conduisant son camion, toujours accompagné de son chien.
De forgeron, il devint alors artisan réalisant plusieurs oeuvres et, à cet effet, mentionnons le saumon de fer ornemental de la pisciculture de Tadoussac (son fils Donald ayant placé l'oeil du saumon à l'endroit précis).
Pour apprécier l'oeuvre de ce travailleur manuel, l'un de ses amis, le docteur Jean-René Gaudreault, témoin privilégié comme plusieurs autres personnes à le voir façonner le fer, le considérait comme un maître dans son art. Sa plus grande reconnaissance vient de madame Françoise Labbé qui a été directrice du Centre d'Art de Baie-Saint-Paul, laquelle a dit de lui qu'il était l'un des grands artisans qu'a connu Baie-Saint-Paul. Ce forgeron-artisan original, vaillant et courageux s'est éteint le 15 août 1990 à l'âge de 71 ans et 10 mois, laissant à Baie-Saint-Paul un héritage qui, pour lui forgeron, était sacré mais qui n'a cependant jamais été perpétué par aucun de ses cinq fils. Baie-Saint-Paul, 23 janvier 2004 Jeanne Tremblay
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