|
Lhistoire qui vous est racontée ici sest passée aux Éboulements il y a plus de deux cents ans.
À cette époque, les paroissiens avaient décidé de construire une belle petite église en pierre de taille aux Éboulements-en-Bas, cest-à-dire sur le bord du fleuve, à un endroit situé près de lembouchure de la rivière du Seigneur.
Au fil des ans, à cause du phénomène des marées et au gré des tempêtes, l'érosion fit disparaître la batture qui protégeait léglise et exposa bientôt celle-ci aux vagues qui finirent par ronger les fondations du temple. Les paroissiens, très inquiets de cette situation, en vinrent à craindre que cela finisse par causer des dommages irréparables à leur édifice religieux. Ils firent part de leurs appréhensions aux autorités religieuses qui décidèrent de faire démolir cette église et den reconstruire une nouvelle en haut de la montagne. Afin déviter lachat de nouveaux matériaux, il fut décidé de récupérer les pierres taillées qui avaient servi à sa construction et de les transporter jusquaux Éboulements-den-Haut. Là, une équipe dhommes devait rebâtir léglise au fur et à mesure que les matériaux arrivaient.
Les meilleurs attelages de chevaux furent réquisitionnés afin deffectuer le voyagement des pierres jusquen haut des côtes qui, comme tout le monde le sait, sont très à pic et fort longues à cet endroit. Cette particularité géographique rendait le transport des pierres extrêmement difficile et laborieux. La montée était si pénible pour les chevaux quils devaient se reposer plusieurs heures avant dentreprendre un autre voyage. Au rythme où allaient les travaux, les paroissiens se demandaient dans combien de saisons ils pourraient enfin célébrer la première messe dans leur église.
Or, les anciens racontent quun jour, les travailleurs du chantier den bas virent poindre au loin, dans le brouillard matinal, un homme qui marchait vers eux. Celui-ci tenait fermement par la bride un magnifique cheval blanc attelé à un lourd chariot. Cet homme était semble-t-il arrivé au village depuis peu. Il se rapprocha du lieu de démolition et offrit de mettre au service de la communauté ses deux bras et la force de son cheval. Comme on est jamais trop de monde pour une aussi grosse tâche, les hommes acceptèrent son aide avec empressement.
Un premier voyage de grosses pierres fut donc chargé à ras bord dans le chariot et léquipée commença sa montée. Les autres travailleurs étaient certains que le cheval serait mort de fatigue une fois rendu en haut des côtes, sur le site de la nouvelle église. Mais celui-ci monta plutôt allègrement, dun pas continu sans sarrêter en cours de route. Une fois le chariot vidé de son contenu, il redescendit aussitôt pour prendre livraison dun autre chargement de pierre. Il ne semblait même pas épuisé; il navait ni chaud, ni froid.
|
|

Le chariot fut rempli de nouveau et lattelage fit de nombreux voyages. Sans se lasser, du matin jusquau soir, lénigmatique cheval blanc faisait des allers-retours. Il continua de la sorte jusquà la fin des travaux, sous le regard ébahi des habitants de la place qui étaient de plus en plus nombreux à venir le voir monter et descendre, toujours infatigable. En effet, le bruit sétait répandu partout quun cheval phénoménal travaillait à la reconstruction de léglise des Éboulements.
Et un beau jour, lorsque tous les matériaux furent enfin déménagés en haut de la montagne, lhomme et son prodigieux cheval blanc repartirent comme ils étaient venus, et personne nentendit plus parler deux. On ne les revit jamais, ni aux Éboulements, ni ailleurs. On raconte encore aujourdhui cet exploit légendaire.
Légende adaptée par
Jocelyne Fournier et André Jean.
|
|
Notre informatrice
Nous désirons remercier Madame Florentine Audet qui fut la première personne à nous raconter cette légende. Madame Audet est une artiste des Éboulements reconnue dans sa communauté pour son implication sociale. Elle est la co-auteure dun livre intitulé : « 300 ans dhistoire, Les Éboulements » publié en 1983, lors du tricentenaire de la paroisse.
|