Les voitures d’eau

Aujourd’hui, à l’Isle-aux-Coudres, chaque personne connaît au moins un navigateur. Les goélettes ont été les compagnes fidèles des gars de l’île pendant plus de cent ans. Nous avons eu l’idée de vous parler de la construction de ces goélettes.

Pour la construction d’une goélette, plusieurs sortes de bois sont nécessaires : du mélèze pour les fonds, c’est-à-dire la partie du bateau qui est immergée, de l’épinette pour les parties extérieures, du sapin et du pin pour la finition intérieure.

On trouvait sur l’île tout le bois dont on avait besoin. Il fallait du fer pour renforcer certaines parties du bateau, des câbles d’acier, des cordages de chanvre et de l’étoupe imprégnée de goudron pour calfater .

Pour construire une goélette, il faut aussi plusieurs outils. Il y avait des haches, des herminettes, des tarières (sorte de vilebrequin) , des rabots et des marteaux. Avant 1954, il n’y avait pas d’électricité sur l’île et tout se faisait par la force humaine. Par la suite, les outils électriques ont rendu le travail moins ardu physiquement.

Il fallait de 10 à 15 personnes pour bâtir une goélette. Il y avait le maître charpentier, qui faisait les plans et était le chef de toute l’équipe, des bordeurs, les menuisiers et le calfat qui devait être présent tout au long de la construction car son travail consistait à boucher avec de l’étoupe tous les joints du bateau. L’étanchéité de la goélette dépendait de lui. M. Évariste Dufour, de l’île, fut un calfat très actif . Il paraît qu’il était très compétent et très en demande, même dans les autres paroisses de Charlevoix où on bâtissait des goélettes.

Saviez-vous qu’il y a deux types de goélettes ? Les goélettes à quille et celles à fond plat. Les premières goélettes étaient à quille et à voile. Plus tard, les goélettes à fond plat sont devenues nécessaires pour que le bateau reste bien droit quand il s’échouait. C’était un gros avantage pour les chargements et les déchargements dans les endroits où il n’y avait pas de quai à l’eau profonde. Le fond plat donnait aussi plus d’espace pour le chargement.

Les hommes qui bâtissaient les goélettes n’étaient en général pas payés pour le faire. C’étaient les marins et propriétaires de bateaux qui faisaient des équipes quand l’un d’entre eux avait besoin d’une nouvelle goélette. Ils la construisaient l’hiver, souvent sur deux ans car l’été était la saison de la navigation.

Pendant le premier hiver on allait en forêt pour trouver le bois nécessaire. On recherchait souvent du "bois croche "  qu’on utilisait dans toute sa force pour certaines parties du bateau. Il fallait avoir l’œil et beaucoup d’expérience pour choisir les arbres. Le deuxième hiver, les hommes se mettaient au travail pour construire la goélette qui serait lancée lors des " grandes  mers " d’avril.

Entre le milieu du 19e siècle et 1957, il s’est construit plus de 60 goélettes à l’Île-aux-Coudres. Les meilleures années ont été les années 50 et 60. Si vous alliez au quai de l’île, dans ces années-là, vous pouviez y voir 10 à 12 goélettes, que tout le monde appelait pines, amarrées les unes sur les autres, certaines chargées de " pitoune ", les autres " allèges ", entre deux voyages. Et comme ça sentait bon !

L’arrivée des bateaux de fer, à la fin des années 60, a signé l’arrêt de mort des goélettes. À la fin des années 70, les dernières goélettes ont arrêté de sillonner le Saint-Laurent et sont allées finir leur vie à pourrir sur les rives du fleuve. La dernière goélette construite à l’Île-aux-Coudres fut le M.P.Émilie, mise à l’eau en 1957.

Aujourd’hui, cette goélette vit sa retraite sur le bord de la rivière du Gouffre, à Baie Saint-Paul et porte le nom de L’Accalmie. La dernière goélette construite dans Charlevoix a été la Jean-Richard, bâtie en 1959, à Petite Rivière Saint-François. Le cinéaste Pierre Perreault a filmé cette construction, un merveilleux documentaire que vous pouvez retrouver à l’Office National du Film, dans la série Au pays de Neuve-France.

    Notre informateur

Grand merci à notre informateur, M. Donald Dufour. M. Dufour n’a jamais participé à la construction d’une goélette et n’a pas non plus navigué. Mais il nous a vraiment impressionné par ses grandes connaissances sur le sujet. Il est la preuve vivante que lorsqu’on est passionné pour quelque chose, on trouve toujours le moyen de compenser, par le désir d’apprendre, le manque d’expérience pratique. Encore merci, Donald !


Cette page a été réalisée par: Hubert Boudreault, Michaël Harvey, Jason Boudreault et Olivier Mailloux.

6ème année, École St-Pierre, Île-aux-Coudres

Les photos de goélettes viennent d'un site sur l'archipel de l'Ile-aux Grues ( www.may-d.com/)

Note : Les photos présentées dans cette page sont utilisées avec la permission des détenteurs des droits. 

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