Les vieux loups de mer racontent leur vie
Dans sa chanson En descendant le Saint-Laurent, Caroline Desbiens dit :
Oubliés dans un ciel éteint
Bateaux de bois meurent de chagrin
Maintenant devenus retraités
Des grandes vagues et des marées
Si les marins ont renoncé
Les vieux bateaux, eux, sont restés
Même sans amarres ils nont pas fui
Mourront où ils sont nés, ici
Cest vrai que bien des marins ont renoncé à la navigation une fois leurs goélettes tassées au profit des bateaux de fer. Mais ils aiment encore raconter la vie sur les goélettes et cest avec fierté quils vous font partager leurs aventures.
M. Éloi Perron
Notre premier informateur, M. Éloi Perron, qui est aujourdhui âgé de 80 ans, est un de ces vieux loups de mer qui ont tant daventures à raconter.


Éloi Perron a navigué pendant 42 ans. Il dit quil a été chanceux car il a toujours travaillé avec sa famille dans sa vie. Il a commencé très jeune à naviguer pour son beau-père. À 11 ans, il était laveur de vaisselle, à 12 ans, il était chef cuisinier à bord du bateau et à 14 ans, il était capitaine. La famille Perron a possédé dix bateaux dont trois bâtis par eux : le Château Richer, le H.C Marchand, le Sainte-Rita, le T.B.É, le Jean-Heudes, le Mont-Saint-Louis, le Gilani, le M.P. Émilie, le Fort-Carillon et le Fort-Prével. Le Château Richer était à voile. Le H.C Marchand, qui pouvait charger 600 sacs de patates, avait été fabriqué à lîle dOrléans. Le Sainte-Rita a été acheté à Petite-Rivière et on lavait payé 200 $. Avant 1940, avec le Château Richer, on allait à Québec. on transportait des volailles, des canards, des oies, des cochons vivants, des patates de lIsle-aux-Coudres et du poisson de lÎle-Verte. Mais la principale marchandise de cargo général était les patates. Avec le Sainte-Rita, on a commencé à transporter du bois de pulpe. En 1942, a eu lieu la construction du T.B.É. La famille Perron a ensuite acheté le Mont Saint-Louis, à Lauzon et le plus jeune frère dÉloi a embarqué à bord. Les frères se sont mis à charrier du bois sur les deux bateaux. En 1957, ils ont bâti le M.P Émilie, ce qui leur faisait trois bateaux qui marchaient ensemble. À bord du M.P Émilie, ils allaient sur la Côte-Nord et sur la côte de Gaspé. Le bateau était plus gros, alors ils allaient plus loin. Leurs bateaux naviguaient plus loin que Québec, à Montréal, à Trois-Rivières et sur les Grands Lacs.
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En 1960, le chantier maritime de lîle était en train de faire faillite. Éloi Perron est monté à Montréal un dimanche soir avec quatre autres gars de lîle et vers trois heures du matin cette même nuit, ils avaient fini de faire lachat du chantier maritime. Ils étaient treize propriétaires, possédant tous des bateaux. Le chantier leur tenait à cur et ils sen sont occupé. Éloi a été secrétaire pendant 15 ans. Les goélettes ont cessé de naviguer vers le milieu des années 70. Éloi Perron a laissé de côté la navigation et a construit un hôtel quil a appelé Les Voitures dEau.
Maintenant, son passe-temps préféré est de raconter ses aventures aux nombreux touristes qui sarrêtent aux Voitures dEau. |
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Laurent Tremblay
Laurent Tremblay est un autre de ces vieux marins typiques de lIsle-aux-Coudres. Âgé maintenant de 88 ans, il a navigué pendant 49 ans et est encore dans une forme physique surprenante.
Autrefois, nous raconte M. Tremblay, les goélettes étaient appelées les "pines". On y chargeait tous les produits des cultivateurs de lIsle-aux-Coudres, de A à Z, car cétait le seul moyen de transport.
Dans les années 30, la goélette Saint-Omer pouvait transporter 200 sacs de patates. Les goélettes faisaient 2 ou 3 voyages à Québec le printemps puis on les attachait pour lété et au mois de septembre, quand les cultivateurs ramassaient leurs produits, elles repartaient chargées de patates, de boîtes de volailles, de petits moutons vivants attachés et de beurre salé. On partait "à mer haute" du quai de lanse. Comme on naviguait à voile, on attendait le petit nordet pour partir. La cale était pleine de poches de patates au mois de septembre. Quand le vent était favorable, on partait pour Québec.
À Québec, on sinstallait dans les quais Reno: numéro 1, numéro 2, numéro 3 et numéro 4. Cétait des petits quais quil y avait dans le bassin Louise. On montait les caisses de volailles sur les quais et les gens de la ville venaient acheter. Chaque dollar ramassé donnait 5 cents au propriétaire du bateau. Parfois, on passait 15 jours dans les quais pour écouler les marchandises et il y avait de la compétition. Cétait souvent moins drôle au printemps. Quand les cultivateurs vidaient leurs caveaux de patates, il y avait des patates pourries. Il fallait que léquipage du bateau vide les poches pour enlever une par une les patates pourries parce que quand quelquun de Québec voyait une patate pourrie, il changeait de bateau et on ne vendait pas. On faisait notre possible pour enlever au plus vite les patates pourries mais ce nétait pas un travail très agréable.
Quand on revenait à lîle, on mettait la goélette à léchouage avec des chevaux et on débarquait les boîtes qui contenaient les produits que les insulaires avaient demandé de leur rapporter de Québec. Toutes les boîtes étaient bien identifiées avec les noms sculptés dessus. Les gens de lîle faisaient confiance aux navigateurs.
Quand on naviguait à la voile, on dormait le temps quon voulait. Quand il ne ventait pas, on navait pas dautres choses à faire que dormir. On se levait pour soigner les volailles et on se recouchait. Quand il faisait une tempête, le bateau avançait. Des fois, ça brassait pas mal et les premières fois, tu pognes le mal de mer et ça, cest pas drôle, mais on shabituait.
Après avoir navigué pour dautres pendant plusieurs années, Laurent Tremblay a eu deux bateaux à lui : lAmanda Transport, une goélette et le Jeannot-Line, un bateau dacier. Avec ses bateaux, il a fait du transport de bois de pulpe. Il ny avait pas ditinéraire précis. Il y avait beaucoup de goélettes et les commerçants avaient hâte de "chiper" leur bois. Il fallait aller là où il y avait des contrats et il ny en avait pas tout le temps.
Aujourdhui, M. Laurent Tremblay vit une retraite heureuse sur son île. Il est un des meilleurs pêcheurs de truite de lîle, il fabrique des meubles quil offre aux organismes et aux bonnes causes qui en ont besoin et à chaque été, il fait rire tous ceux qui assistent à la pièce La Vie du Temps, avec sa chanson lHabitant de Sainte-Barbe. Laurent Tremblay est un boute-en-train qui a réussi à nous faire tordre de rire en nous racontant un naufrage.
Capitaine, Paul-Henri Harvey
Un troisième capitaine, Paul-Henri Harvey, a vécu un parcours bien différent des deux autres. En effet, quand la Marjolaine est arrivée à lîle comme traversier, en 1959, il en est devenu le capitaine. Cétait le premier traversier qui pouvait affronter le fleuve en hiver.
Auparavant, les gens navaient connu que les canots pour traverser en hiver. La Marjolaine faisait le travail tant bien que mal, mais ce nétait pas aussi facile quaujourdhui. Le bateau n'était pas neuf et n'avait pas la puissance nécessaire. Il fallait louvoyer dans le fleuve à la recherche des coupes d'eau et dans les petites marées, elles étaient pas mal rares. En hiver, il y avait 3 ou 4 traversées par jour, qui nétaient pas à heures fixes. Cétait le capitaine qui décidait à quelle heure se faisaient les traverses et on ne le savait que la veille.
Les traversées pouvaient se faire rapidement, mais il arrivait souvent quelles duraient jusquà cinq ou six heures quand la Marjolaine restait prise dans la glace. Il est même arrivé que des chanceux ont passé la nuit à dériver sur le traversier. M. Paul-Henri Harvey a été capitaine du traversier pendant vingt-cinq ans.
En terminant, nous voulons remercier nos trois navigateurs, MM Éloi Perron, Laurent Tremblay et Paul-Henri Harvey pour leur accueil et leur gentillesse avec nous.
L'équipe
Cette page a été réalisée par :
Myriam Demeules, Vanessa Simard, Marie-Anne Castonguay et Karen Desgagnés
Classe d'Hélène Bergeron, 6e année,
École St-Pierre
Isle-aux-Coudres
Note : Les photos présentées dans cette page sont utilisées avec la permission des détenteurs des droits.