Les Moulins de L'Isle-aux-Coudres
Lors dune visite à lIsle-aux-Coudres, il y a un site que vous devez absolument visiter : cest celui des moulins de lîle.
Ces moulins ont une histoire assez spéciale et très intéressante.
Avec laide de deux informateurs, nous avons décidé de vous la raconter.
Il y a eu dautres moulins qui ont existé avant ceux daujourdhui. Un moulin aurait été construit à La Baleine en 1773. On peut retracer encore le solage. Il était situé près de lintersection de la route de la tourbière qui traverse lîle. Il y a eu aussi un moulin à lIslet qui aurait été lancêtre du moulin actuel. Il a été construit vers 1727 et fut endommagé par un incendie avant 1734 et rebâti en 1753-1754 par les habitants. Rendu inutilisable par les troupes anglaises à lété 1759, il est encore une fois réparé en 1763.
Dans le moulin à vent actuel, il y a une pierre sur laquelle est inscrit 1618. Certaines gens ont longtemps pensé que cétait lannée de construction du moulin. Cest évidemment impossible puisquen 1618, il ny avait aucun colon sur lîle, le premier arrivant étant Joseph Savard, en 1720. 1618 désignerait plutôt le numéro du lot sur lequel le moulin était bâti. Il y a deux moulins sur le site : un qui fonctionne à leau et un autre à vent. Les deux sont complètement différents mais ils se complètent. Cest actuellement le seul site en Amérique du nord à avoir deux moulins situés à proximité. Le moulin à eau a été construit en 1825 et le moulin à vent en 1836.
Pourquoi les deux moulins sont-ils construits lun à côté de lautre ? Parce que les deux moulins à vent en opération, celui de lIslet et celui de La Baleine ne suffisaient pas à la tâche, les gens ont demandé au Séminaire de Québec pour construire un moulin à eau sur la rivière Rouge. Même si le Séminaire leur avait répondu que ce nétait pas une bonne idée, les insulaires ont insisté et le moulin a finalement été construit en 1825.
Les gens de lîle ont été bien vite déçus par leur nouveau moulin. Dans les bonnes journées, il ne fonctionnait que de 2 à 3 heures par jour à cause du faible débit de la rivière et de la vase qui obstruait les canalisations. Lhiver, la rivière gelait et il ne fonctionnait pas du tout. Cétait très décevant pour les habitants qui attendaient depuis longtemps leur moulin. Les gens ont donc décidé quil leur fallait un autre moulin, à vent cette fois, à côté du moulin à eau. Les gens du Séminaire ont répondu aux insulaires quon leur avait dit que cela ne fonctionnerait pas et quils sétaient entêtés à le faire quand même.
Le Séminaire refusait la construction dun autre moulin. Cette mésentente a duré 9 ans. Le Séminaire a fini par permettre la construction du moulin à vent mais a refusé de payer. Les insulaires, débrouillards, ont récupéré les pierres du moulin de lIslet, devenu inutile, pour bâtir leur nouveau moulin. Ainsi, les coûts ont été moins élevés et le site de lIslet a été nettoyé. À partir de 1836, le moulin à eau fonctionnait à son plein régime quand il le pouvait, de mai à octobre ou novembre, en fonction du gel. Le moulin à vent commençait en septembre, avec les vents dautomne et cela durait jusqu'au début mai. Cétait la situation idéale pour la population.
Fonctionnement
Voici, en gros, comment fonctionne le moulin à vent : la force qui fait tourner les meules, cest vraiment le vent. Selon la force du vent, on ajuste les toiles sur les ailes pour avoir le plus de force possible pour que les ailes tournent plus vite. Il faut un vent denviron 30 km/h pour faire une belle farine.
Le meunier met son grain dans la trémie, une sorte dentonnoir. Le grain va alors descendre entre les meules. Il y a deux meules : une qui est fixée au plancher et une autre qui tourne par-dessus. Donc, le grain, avec la force de rotation de la meule, va rentrer entre les deux pour être broyé. Grâce à cette force de rotation, la mouture, qui est le grain moulu, va tomber à côté des meules. Sur le côté de la meule travaillante, il y a un petit balai, une brosse en fer, qui va ramasser la mouture et lenvoyer dans la culotte, qui est un conduit de bois qui la fait descendre en bas, dans le rez-de-chaussée du moulin à vent.
Ensuite, la mouture va entrer dans le glutot, une sorte de gros bahut où il y a un tamis rotatif. Le tamis est incliné et il y a différentes toiles dessus. Ces toiles, qui ressemblent un petit peu à de la moustiquaire, sont de différentes grosseurs, plus on descend vers le bas. Cest pour séparer les éléments grain. Au début du tamis, on va avoir ce qui est plus fin, la fine fleur, quon appelle la farine blanche non-blanchie.
Ensuite, vous avez le gru blanc, le gru rouge et le son, à la fin. Lécaille va sen aller en dehors du glutot, dans un sac et servira pour faire des oreillers. Saviez-vous que les oreillers en écailles de sarrasin sont recommandées contre les allergies ?
Pour que la farine soit complète, on mélange la fine fleur, le gru blanc, le gru rouge et un petit peu de son, ce qui donne une farine blanche qui est très bonne et qui nest pas blanchie. Cest le même principe de fonctionnement pour le moulin à eau.
Les meuniers
Les moulins existent parce que des hommes les ont construits et y ont travaillé. Voici une liste des meuniers qui auraient opéré les moulins pendant leurs années de fonctionnement.
1754-1763 : François Tremblay obtient un bail de neuf ans du séminaire.
1764-17XX : bail donné à X
17XX-1775 : Joseph Laure est le meunier.
1775-1806 : Pierre Boudreault, beau-fils de Joseph Laure
1806-1823 : Amable Mailloux, le père du Grand Vicaire Mailloux
1773-1792 : Joseph Dufour, meunier et agent du séminaire
1792-XXXX : Pierre Gagnon
XXXX-1830 : Joseph Lapointe
1850-1854 : Pierre-Emmanuel Lapointe et son frère jumeau, Polycarpe, le reconstruisent.
1825 : Alexis Tremblay construit le moulin à eau.
1825-1830 : Le moulin aurait été baillé à Claude Bouchard puis Élizée Mailloux, Pierre (Pître) Gagnon et Joseph Lapointe.
1831-1850 : Thomas Tremblay, meunier et fils dAlexis, démembre le moulin à vent de lIslet et le reconstruit sur le site actuel en 1836.
1850-1880 : le séminaire vend les moulins trois cents louis à Augustin Dufour le 18 novembre 1850.
1880-1887 : Éloi Dufour devient propriétaire des moulins à la suite de la mort de son père.
1887 : Élie Bouchard achète les moulins au coût de huit cents piastres le 15 avril mais sera meunier moins dun an. Il trouve la mort dans le moulin à vent lorsque son écharpe est happée par le mécanisme. Son corps décapité est découvert au matin suivant par ses voisins. Il était âgé de 26 ans et devait se marier quelques jours plus tard.
1888-1919 : François Bouchard, le père dÉlie prend la relève de son fils.
1919-1930 : Étienne Bouchard, surnommé Le Blanc exploite les moulins hérités de son père.
1930-1933 : Marie-Anne Desmeules, veuve dÉtienne Bouchard, exploite les moulins seule.
1933-1948 : Étienne Desgagnés épouse Marie-Anne Desmeules le 27 février 1933 et exploite lensemble pendant 15 ans, jusquà la fermeture des moulins.
Les rénovations
Après leur fermeture, en 1948, les moulins ont été comme un peu oubliés. Marie-Anne Desgagnés, la veuve du dernier meunier continue dhabiter la maison du meunier tandis que les moulins, inutilisés, sont laissés à labandon même si le moulin à vent avait été lobjet de travaux importants de restauration par la Commission des Monuments historiques de la province de Québec.
En 1961, on remplace larbre-maître, les ailes, les châssis, les bâtis, les portes et le linteau de lunes delle, la maçonnerie et la couverture enduite dhuile de lin et de deux couches de peinture. Le moulin à vent est classé monument historique le 3 octobre 1962 et le moulin à eau le 12 décembre 1963.
En 1970, le coût des réparations est évalué à 7500$ mais Marie-Anne Desgagnés ne peut fournir sa part, 60%. Au début des années 70, le toit du moulin à eau sécroule sous le verglas. La situation demeure pendant 5 ans. En 1976, Marie-Anne Desgagnés cède tous ses biens à Étienne Bouchard, leur fils adoptif. En 1977, se fonde la corporation des moulins Desgagnés qui se charge du dossier. Finalement, en 1978, après bien des démarches et des attentes, plus de 200 000$ sont consacrés à la restauration du site. Le moulin à eau a demandé beaucoup plus de réparations que le moulin à vent. Les deux ont recommencé à fonctionner au début des années 80.
Le moulin à vent a cessé ses opérations en 1995 parce quon sest rendu compte que les vents ne sont pas assez forts lété pour moudre. En agrandissant le bassin du moulin à eau en 86, ce dernier a donné un excellent rendement et on navait plus vraiment besoin du moulin à vent.
Aujourdhui, on fait tourner les ailes pour les touristes mais on ny fait plus de farine. Depuis les rénovations, Dominique Tremblay, Roberto Harvey, Michel Daigneault, Jean-Phillipe Perron et Daniel Savard sont les meuniers qui ont travaillé aux moulins.
Saviez vous que :
Saviez vous que les portes et les toits des moulins se peinturaient en rouge quand il y avait un accident?
Cétait pour rendre hommage au meunier disparu.
Saviez-vous pourquoi les moulins à vent ont deux portes à lopposé lune de lautre ?Quand les ailes du moulin tournent, il arrive quelles passent devant la porte. Plutôt que de se faire assommer par une aile, on sort par lautre porte.
Saviez-vous que le toit du moulin à vent nest pas fixe ?
En effet, le toit tourne pour que les ailes soient orientées dans le sens du vent.
Conclusion
Comme nous lannoncions au début de notre texte, lhistoire des moulins de lIsle-aux-Coudres est passionnante. Nous avons bien aimé cette recherche qui nous a permis de mieux connaître notre patrimoine. On dit souvent que plus on apprend à connaître quelquun, plus on laime. Cest sûrement vrai aussi pour le patrimoine.
Remerciements
Deux personnes ont bien voulu répondre à nos questions sur les moulins de lîle. M. Jean-Baptiste Desgagnés a passé une bonne partie de son enfance à aider le meunier Étienne Desgagnés. Il a donc vécu les dernières années de fonctionnement des moulins. Quant à Mme. Julie Tremblay, elle est préposée à laccueil sur le site depuis cinq ans et, de par sa formation, connaît très bien lhistoire des moulins. Grand merci aussi aux moulins de lIsle-aux-Coudres et à leur coordonnateur, M. Martin Dufour, pour son excellente collaboration et les belles photos du site Internet.
L'équipe
Cette page a été réalisée par
Florence, Émilie B., Roxane et Karianne D.
Classe dHélène Bergeron, 5e 6e année
École St-Pierre, Isle-aux-Coudres
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