|
La Roche Pleureuse est une des légendes de Charlevoix mais cest aussi le nom du premier hôtel de lIsle-aux-Coudres. Cest un hôtel qui a une histoire des plus intéressantes, un hôtel qui a vu lîle se développer et qui a été à lorigine de lindustrie touristique de lIsle-aux-Coudres. Que de gens de lîle ont travaillé à la Roche Pleureuse ! Un des employés de la première heure, M. Charles-Édouard Perron, aujourdhui âgé de 86 ans, a accepté de nous raconter ses souvenirs.
|
|
"J'ai commencé à travailler à la Roche Pleureuse au début des années cinquante. Comme il n'y avait pas d'électricité sur l'île, lhôtel avait une génératrice qui marchait à la journée longue et elle faisait un terrible bruit. Dans ces années-là, les employés devaient savoir faire un peu de tout. Moi, je travaillais au bar le soir et le matin, au déjeuner, je faisais les toasts. On a vécu des bons moments à la Roche. Je me rappelle d'une anecdote qui nous avait bien fait rire. Un jour, avant la grosse saison, Raymond Desmeules, qui était cuisinier à cette époque, avait peinturé les sièges des toilettes sans avertir. La première qui était par la suite allée aux toilettes était mémère Quéquenne, la mère des propriétaires. Vous imaginez la suite: Raymond était bien mal à l'aise, mais nous autres, on avait ri un bon coup. On travaillait
fort mais on savait aussi s'amuser. Le soir, il y avait de la danse et c'était nous, les employés qui allions danser les danses folkloriques pour amuser les touristes.
Un jour, Hélène Baillargeon, une artiste de Montréal arrive à la Roche Pleureuse. Après nous avoir vu danser ( on était pas mal bons), elle explique quelle animait une émission de folklore avec Adrien Avon et quelle aimerait que nous dansions à son émission. Cest comme ça que moi et quelques autres, nous sommes allés danser un set carré à Montréal. Un jour de juillet, alors quil pleuvait "cétait le déluge" arrive un couple avec trois enfants. Ils navaient pas de réservation et lhôtel était plein. Tante Germaine me demande si nous ne pourrions pas les coucher. Je lui réponds que nous avons des chambres mais que les enfants couchent dedans, que ce nétait pas des chambres dhôtel. Elle me dit que ça ne fait rien. Elle appelle Rose-Hélène, ma femme, et finalement, la famille couche chez nous. Le lendemain, Tante Germaine débarque à la maison et nous dit : « Cest moi qui organise les chambres en haut, chez vous et ça va nous faire du dépannage. Des affaires comme hier, il ne faut plus que ça arrive. Il faut coucher tout le monde qui vient à lîle. » Cest Tante Germaine qui nous a fait commencer les motels. Depuis ce jour-là, on a reçu et connu bien du monde".
|
|
Rita Dufour-Laurin, qui a été propriétaire de lhôtel jusquen 1988, a également accepté de nous raconter la Roche Pleureuse. "Lhôtel que vous connaissez aujourdhui était à lépoque une maison et appartenait à mes grands-parents. Ma mère est née à la Roche Pleureuse, là où on retrouve laccueil de lhôtel. Au début des années 30, avec larrivée du premier traversier dété, des gens de lextérieur, « des étranges » comme on les appelait, commençaient à fréquenter lîle. Ces visiteurs navaient pas vraiment dendroit où loger quand ils voulaient rester quelques jours. Chez ma grand-mère, plusieurs enfants sétaient mariés et habitaient ailleurs. Il ne restait que les filles célibataires à la maison et ma grand-mère a commencé à héberger des visiteurs. Trois de mes tantes, Germaine, Irma et Rose se sont vite intéressées à laffaire et deviendront les fondatrices et premières propriétaires de la Roche Pleureuse.
|
|
Cest vers 1934 que lhôtel sest mis à fonctionner. À cette époque, ma tante Irma habitait à Montréal et faisait de la haute couture. Elle faisait de la publicité pour la Roche Pleureuse et cest comme ca quil y a eu beaucoup de monde à la Roche Pleureuse. Le nom de lhôtel a été trouvé par Léon Trepanier, un journaliste de Montréal. Il était venu se balader à lîle et était passé chez ma grand-mère. Tante Germaine lui avait parlé de son projet de faire un grand hôtel avec la maison de ses parents. Il prétendit quil avait un livre où il était écrit que Jacques Cartier avait trouvé une roche et quil lavait surnommée la Roche Pleureuse. Lhistoire de ce journaliste, vraie ou pas, a dû plaire à ma tante puisquelle décida que lhôtel sappellerait ainsi. Par la suite, toute une légende fut créée autour de la roche située au pied de la côte qui mène à lhôtel. Jai commencé à travailler à lhôtel au début des années 50. À ce moment, on recevait une vingtaine de personnes. Après avoir fait lagrandissement, on pouvait loger de 50 à 60 personnes. Il y avait tellement de monde quil ny avait plus de place dans la salle à manger. Tout le monde ne mangeait pas en même temps. La salle de danse nétait pas là au début. La piscine a été ajoutée en 1951. Je me rappelle que les curés, dans ce temps-là, ne voulaient pas que les gens se mettent en maillot de bain. La piscine avait fait toute une histoire. Puis, les années ont passé, lélectricité est arrivée en 1954 et nous avons pu mieux nous organiser.
Mes tantes ont continué dagrandir en ajoutant des motels et le nombre de clients et demployés augmenta sans cesse. Parlant délectricité, je me souviens dune fin de semaine de lAction de Grâce des années 70. Lélectricité avait manqué le samedi après-midi et nétait revenu que le lundi. Lhôtel était rempli et il faisait froid. Cétait la catastrophe. Nous navions pas gardé la vieille génératrice des années 40 et nous ne sentions pas le besoin den avoir une. Lélectricité, cétait merveilleux. Nous avons passé à travers, mais jai eu ma leçon en cette fin de semaine de lAction de Grâce et lannée suivante, il y avait une génératrice prête à fonctionner. Quand jai vendu la Rohe Pleureuse en 1988, lhôtel comptait une centaine de chambres et employait de 80 à 85 personnes".
|